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Le terme féodalité apparaît au 17ème. Il désigne alors tout ce qui se rattache au fief. A partir de 1789, le sens s’altère et prend une connotation péjorative = tout ce qui mérite d’être détruit dans la société d’ancien Régime.

Deux conceptions :    – sens strict = ensemble d’institution créant et régissant des obligations d’obéissance et de services de la part du vassal envers le seigneur. En retour, le seigneur doit protéger et entretenir le vassal, ce qui se concrétise par la concession d’un fief.

– sens large = système social et politique caractérisé par la dispersion de l’autorité publique entre de multiples mains, accompagné d’un morcellement extrême du droit de propriété et d’un développement très important des liens de dépendance d’homme à homme, avec l’apparition d’une classe de guerriers qui occupent les échelons supérieurs de la hiérarchie sociale.

La féodalité dans ce second sens est apparue au 9ème quand les structures de l’état carolingien se sont effondrées.

Le point fort des carolingiens est la pratique du sacre (initié par Pépin le Bref en 751). Il modifie la nature de l’autorité royale. Ce rite est très prestigieux : le roi carolingien reçoit l’onction des saintes huiles = il est roi par la grâce de dieu. L’autorité royale doit donc être mise au service de la justice et de la paix. Cette théocratie a pour but de faire régner le message chrétien sur un territoire et des populations aussi nombreux que possible. Les deux premiers rois carolingiens y arrivent très bien, surtout Charlemagne, qui dans les années 790 a un grand rayonnement en Occident. Il réactive d’ailleurs l’idée d’un empire chrétien qu’il considère comme le corps politique de la chrétienté toute entière. Le pape Léon III profite de la vacance du pouvoir impérial en Orient pour remettre à Charlemagne la couronne impériale. 20 ans plus tard, tout commence à s’écrouler car il manque à ce pouvoir des structures administratives cohérentes.

Les causes de la décadence carolingienne.

· Le poids des faiblesses structurelles.

Charlemagne a beaucoup agrandi l’empire, qui est constitué d’un agglomérat de peuples très différents. Leur seul point commun (imposé) est d’être chrétien. Il aurait donc fallu un encadrement administratif solide, mais malgré les efforts entrepris, l’empire a toujours souffert d’un sous encadrement administratif. Les carolingiens ont donc eu recours à la vassalité pour résoudre le problème.

* Les lacunes de l’administration carolingienne :      – l’administration centrale = le roi et ses conseillers, qui forment le palais. Il est itinérant, mais à la fin du règne de Charlemagne, fixité relative à Aix-la-Chapelle. Trois personnages vont émerger : le comte du palais (en haut de la hiérarchie comtale, il dirige le tribunal du palais en l’absence de l’empereur), l’archichapelain (le premier conseiller ecclésiastique), et le chancelier (responsable de la rédaction des actes législatifs). Une assemblée générale = le plaid général, composé de grands fonctionnaires du palais, des comtes, des abbés et des évêques, prend des décisions, censées être prises avec l’assentiment de tous (tous les sujets sont supposés avoir été convoqués et être présents). On y établit les capitulaires.

– l’administration locale ordinaire.

– l’administration civile : la structure de base est le comté (= le pagus). On en ignore le nombre exact (de 200 à 700), et leur taille varie (vaste au N, restreint au S). Le comte est un représentant permanent de l’empereur, c’est un fonctionnaire nommé par l’empereur et révocable. Il est rétribué par une dotation foncière (l’honor) pour la durée de ses fonctions. L’empereur a une liberté totale de choix, mais le plus souvent, il les choisit parmi les vieilles familles aristocratiques franques.

Le comte est entouré d’auxiliaires : des vicomtes (choisis par le comte et placés sous son autorité) et des centeniers (nommés par le comte au niveau du village). Leurs fonctions sont très étendues : pouvoir de police, fonctions judiciaire, militaire et fiscale ; il préside le tribunal de police des francs.

– l’utilisation des structures ecclésiastiques à des fins d’administration : l’église est organisée selon une hiérarchie dont la tradition remonte à l’antiquité romaine. Cette hiérarchie souffre durant la période mérovingienne, mais est remise en vigueur sous les carolingiens, quand le pape Adrien remet à Charlemagne la collection canonique Dionysiana-Hadriana. Charlemagne décide en 774 de réformer l’église pour restaurer cette hiérarchie. Il réalise la reforme au début du 9ème = création d’une province ecclésiastique à la tête duquel on place un archevêque, rattaché directement au pape. Il légifère et est juge en matière religieuse. A l’échelon inférieur, le diocèse est dirigé par un évêque. C’est l’élément le plus important de la hiérarchie : il est entouré de chanoines qui forment son conseil = le chapitre. Il a seul pouvoir d’ordre = il administre, enquête et juge dans sa circonscription.

Les diocèses sont fractionnés en archidiaconés dirigés par des archidiacres. Ils sont fractionnés en doyennés, elles-mêmes fractionnées en paroisses. Théoriquement, les évêques restent élus par le clergé et par le peuple de leur église, mais en pratique, leur nomination est contrôlée par le pouvoir royal ou impérial. Charlemagne s’est même octroyé le droit de refuser ou d’agréer certains candidats. En échange de sa fidélité à l’empereur, l’évêque recevait une gratification sous forme de terre = le temporel de l’église.

L’épiscopat doit en période de mobilisation assurer la transmission des ordres, voire organiser la mobilisation. Les abbayes dans certains cas doivent mettre des troupes à la disposition de l’état. Un capitulaire de 817 distingue les abbayes qui prient, celles qui apportent de l’argent, et celles qui recrutent.

L’église est aussi associée en matière d’administration générale via le mécanisme des immunités = un domaine est soustrait à l’action des agents ordinaires du roi et est rattaché directement à l’administration centrale devant laquelle le propriétaire du domaine sera personnellement responsable de la plupart des services administratifs. L’immuniste a tous les pouvoirs pour agir au nom du souverain, et doit veiller à l’exécution de ses ordres (surtout à la perception des impôts). En contre partie, il bénéficie d’une grande liberté d’action et a de nombreux avantages financiers. Ce régime est très vite devenu le régime normal des abbayes et des églises. Dès que les immunistes considèrent qu’il n’y a plus d’intérêt supérieur à défendre, ils estiment que les pouvoirs qui leur ont été délégués leur appartiennent. Un tel système risque donc de créer des zones potentielles d’autonomie.

– le contrôle de l’administration ordinaire = les missi dominici ont été créés par Charlemagne pour porter remède aux négligences et à la corruption qui risque de miner l’autorité. Ils vont toujours par deux (un laïc et un ecclésiastique). Ils sont envoyés dans tout le territoire pour faire connaître les ordres et les volontés du souverain. Leur institution est généralisée à partir de 802. Ils ont des pouvoirs très larges non précisément énumérés : ils effectuent un travail de contrôle de toute l’administration comtale et épiscopale.

Malgré tous ces efforts, l’encadrement des populations est insuffisant, et les rois carolingiens ont recours à des institutions supplétives.

* Les institutions supplétives : leur but est de multiplier les convois de transmission entre les pouvoirs et les individus = encadrer les individus. Les carolingiens ont créé des réseaux efficaces de fidélité. C’est une vieille technique mérovingienne (la commandatio) qu’ils ont adapté et transformé en un mécanisme de vassalité.

La vassalité = le contrat de vasselage est un contrat privé passé entre 2 personnes de condition libre. Au terme de ce contrat, le vassal s’engage aux services d’un autre homme = le seigneur qu’il reconnaît pour maître. Le vassal rend des services et le seigneur doit protection. Ce contrat s’est répandu à l’époque mérovingienne car il y avait une forte insécurité et les hommes libres recherchaient protection auprès des plus puissants, qui se créaient des réseaux de clients. A l’époque carolingienne, l’octroi d’un bienfait (= un bénéfice) est généralisé = le vassal est chasé. Les carolingiens ont encouragé les comtes et les grands ecclésiastiques à entrer dans leur vasselage : il y a donc eu 2 liens entre le comte et le roi = celui qui unit tout fonctionnaire aux représentants de l’état et le lien personnel de fidélité qui unit le comte au monarque. De plus, la monarchie a incité les hauts fonctionnaires à multiplier leurs vassaux = dangers à partir du 9ème, car la remise d’un bénéfice à chaque vassal nécessite un grand réservoir de terre et l’extension du territoire devient une nécessité vitale ; le roi a favorisé la constitution de clientèles, et les vassaux obéissent d’abord à leur seigneur puis au roi, or un seigneur puissant doté de nombreux vassaux peut envisager de se révolter contre l’autorité royale = danger de sédition ; en intégrant la vassalité dans le système de gouvernement, le roi fait naître des confusions : le comte vassal du roi a une double relation avec le roi, a deux biens (dotation foncière et bénéfice) = il est facile de considérer que la dotation foncière et le bénéfice se confondent et que la fidélité que les comtes doivent au roi est simplement d’origine contractuelle et non pas liée à la fonction publique qu’assume normalement le comte.

Le serment : la multiplication des liens personnels. Il s’agit du lien le plus fort que l’on puisse imaginer à l’époque, et son non-respectt est entouré de sanctions : le parjure fait du coupable un hors-la-loi soumis à des sanctions très lourdes (criminelles, civiles et religieuses). Après l’échec de la conspiration contre lui entre 785 et 792, Charlemagne décide que tous les hommes libres de son royaume devraient lui prêter serment de fidélité (s’engager à ne pas nuire, ni trahir). En 802, Charlemagne devenu empereur demande un nouveau serment généralisé pour tous les hommes de plus de 12 ans de l’empire. La série d’obligation devient positive = fidélité comme un vassal à son seigneur.

La confusion entre le serment et la vassalité dénature le lien qui naît du serment = lien de nature public, alors que le lien qui naît de la vassalité est privé, personnel et d’homme à homme. La portée de ce lien a donc été affaibli, et le danger a été révélé au 9ème car on se trouvait dans un contexte d’insécurité grandissante.

· La force dissolvante de l’insécurité.

Les intrusions violentes et répétées ont modifié les comportements et accéléré un processus de désagrégation de l’empire.

* Les Normands = les Vikings. Ils viennent de Norvège, Danemark et Suède. Ils déferlent de 800 à 950 sur le monde chrétien qu’ils vont dévaster, surtout le royaume carolingien, car il est riche. Cet ennemi est difficile à combattre car il utilise la technique de la razzia. Leur technique de combat est déroutante pour les carolingiens car elle est rapide et ils sont considérés comme insaisissables.

A partir de 830, et surtout 840, le royaume connaît la présence normande de façon presque continue. A partir de 850, ils ont installé une base permanente à l’Ile de Ré d’où ils partent. Dans les années 860, ils découvrent le Détroit de Gibraltar, ravagent la Camargue et remontent la vallée du Rhône. En 911, Charles le Simple concède le comté de Rouen aux Normands en échange de leur conversion au christianisme et qu’ils défendent les habitants.

* La piraterie byzantine dévaste les cotes méditerranéennes et la vallée alpine. Nombreuses razzias dans la seconde moitié du 9ème. La concurrence normande pose problème au 9ème, mais en 890 ils arrivent à installer leur base près de Saint Tropez.

* Les Hongrois viennent d’Asie centrale et déferlent à la fin du 9ème. Ils ont ravagé l’Europe continentale (Allemagne, Italie, Lorraine, Champagne, Bourgogne, Aquitaine). Sédentarisation de ces derniers avec conversion au christianisme et intégration dans la population.

Le processus de dislocation du royaume franc.

Avec le règne de Pépin Le Bref (751-768) et de Charlemagne (768-814), croissance et essor du royaume. Sous Louis le Pieux (814) et surtout à partir de 822, le début des crises entraîne l’élimination progressive de la dynastie carolingienne (de 888 à 987). En 987, Hugues Capet monte sur le trône. Il fonde la dynastie capétienne, mais n’a presque aucun pouvoir : son autorité directe s’étend sur quelques possessions d’Ile de France.

· De l’empire aux principautés.

En 843, le traité de Verdun divise l’empire de Charlemagne en 3 royaumes. La Francia occidentalis est le premier embryon de la France contemporaine ; elle revient à Charles le Chauve. L’aristocratie de plus en plus puissante, les agressions extérieures constantes et l’économie en déclin entraînent l’émancipation des grands du royaume. Dès 877, les provinces à la périphérie du royaume deviennent autonomes, et forment des principautés, dirigées par un princeps qui a accaparé l’autorité publique et qui s’est arrogé les prérogatives d’un roi. Le phénomène gagne par la suite l’intérieur du royaume.

* L’impossible maintien de l’unité de l’empire : la conception patrimoniale de l’empire (conception franque) entraîne le partage du royaume entre tous les successibles. Par deux fois, un concours de circonstances a permis d’éviter le partage.

Pépin le Bref meurt en 768 avec 2 fils (Charles et Carloman), mais l’un d’eux décède vite : Charles reconstitue l’unité du royaume.

Charlemagne est empereur à partir de 800, or un titre impérial signifie unité et universalité. Charlemagne a donc élaboré un règlement successoral en 806 qui prévoit le partage du royaume en trois parts, chacune revenant à l’un de ses 3 fils légitimes. Aucune référence au titre impérial = il estimait qu’il ne devait pas lui survivre. Mais 2 de ses fils meurent, et en 814, à la mort de Charlemagne, Louis le Pieux, seul fils légitime restant reçoit l’intégralité du royaume mais aussi le titre. Dès cette date, il prend un parti différent de celui de son père, n’utilise plus que le titre impérial et gouverne de façon très étroite avec le clergé. L’église souhaite le maintien de l’empire, qui représente pour elle la condition nécessaire au développement du christianisme, mais le roi est attaché au principe de patrimonialité du royaume. En 817, par l’ordinatio impérii, Louis le Pieux pose dans un plaid général le principe de l’indivisibilité de l’empire au profit se son fils aîné = Lothaire. Les deux cadets Pépin et Louis reçoivent le titre de roi et les royaumes d’Aquitaine et de Bavière, mais ils doivent gouverner leurs territoires tout en restant sous le contrôle de leur frère. Si l’un des cadets meurt, la population devra choisir un fils pour leur succéder.

Ce règlement est difficilement accepté par les cadets, l’aristocratie, … et des rebellions apparaissent. Tout est remis en question en 823 à la naissance de Charles (4ème fils du roi) : Louis le Pieux modifie l’accord successoral, ce qui entraîne une guerre de près de 20 ans. Cette guerre renforce le pouvoir de l’aristocratie (les belligérants multiplient les liens de vassalité pour s’assurer la fidélité des grands du royaume, mais ils doivent à chaque fois monnayer ce soutien) et affaiblit le prestige de l’empereur.

A la mort du roi en 840, un règlement de 839 est remis en cause, et les combats reprennent entre 3 frères (Pépin est mort). En 842, Louis et Charles s’allient par le Serment de Strasbourg et gagnent la bataille : Lothaire consent à des négociations qui débouchent en 843 sur le traité de Verdun. Charles reçoit la partie occidentale = la Francia occidentalis ; Louis la partie orientale = la Germanie ; Lothaire conserve le milieu du Royaume (dont Aix-la-Chapelle et Rome) et le titre impérial. Lothaire meurt en 855, et ses 3 fils qui se sont répartis le territoire ne lui survivent pas longtemps. Louis et Charles se battent alors pour récupérer les morceaux de la Lotharingie.

En 30 ans, l’empire de Charlemagne est dissout. Il était inadapté à l’exercice du pouvoir : peu de moyen de communications et de transports. Le traité de Verdun apparaît comme un premier pas vers l’adéquation de l’organisation politique avec les réalités économiques et sociales du moment.

* Le règne de Charles le Chauve (843 – 877). Le partage de 843 n’a pas accordé les frères entre eux, et les affrontements reprennent vite. Les conflits que Charles a avec ses frères puis ses neveux, le contexte d’insécurité (invasion), … favorisent les intérêts de l’aristocratie et encouragent la prise d’autonomie des grands du royaume. Sur le plan militaire, le soutien de l’aristocratie est déterminant pour l’issue du combat. Mais leur fidélité se paye = les biens du trésor sont gaspillés rapidement, et le roi se sert même dans le patrimoine de l’église, ce qui détériore leurs relations. Le problème des invasions normandes nécessite l’élaboration d’une nouvelle stratégie de défense : Charles le Chauve instaure la technique des grands commandements confiés à un prince = un ensemble de comtés sur lequel le prince exerce des pouvoirs administratifs et militaires très larges (toutes les dispositions qu’il juge utile pour protéger la population et empêcher la dévastation). Le prince reçoit légalement une puissance considérable : s’il fait preuve d’insubordination, le royaume risque de se désagréger. Le pouvoir s’affaiblit pendant cette période, et de plus en plus, le roi devient incapable de reprendre les bienfaits et les fonctions comtales qu’il a pu octroyer = le roi perd le contrôle sur ses agents, qui gagnent en autonomie. Le roi n’est plus en mesure d’ordonner :        – en 843, le capitulaire de Coulaines : le roi garantit à l’église l’intégrité de ses biens qu’il s’engage à ne pas distribuer ; les aristocrates sont assurés de ne pas être dépouillés de leurs charges publiques ni des liens qui y sont attachés. En échange, les grands promettent fidélité et soutien au roi. Le roi ne peut plus révoquer librement un comte (seulement un fonctionnaire infidèle).

– en 877, le capitulaire de Quierzy-sur-Oise (Charles le chauve est empereur depuis 2 ans et doit donc aider le pape si Rome est menacé. Le pape Jean VIII demande de l’aide contre les sarrasins : avant de partir, le roi tient un plaid général afin de définir comment son fils Louis le Bègue va diriger le royaume par intérim).

Le problème essentiel est celui de la vacance des charges publiques :         – les évêchés et abbatiats : un clerc désigné par l’archevêque et le comte assure l’intérim tant que le roi n’a pas désigné un nouveau titulaire = le roi garde le pouvoir de nomination.

– les comtés : un groupe de fonctionnaires locaux, aidé de l’évêque assure l’intérim, sauf si le comte a un fils. L’hérédité des fonctions comtales fait perdre au roi le contrôle de sa fonction publique. Toutefois, le roi garde un pouvoir de confirmation de la dévolution par une investiture officielle.

Ce capitulaire introduit une confusion entre les fonctions publiques et la vassalité, car la même procédure est prévue dans les deux cas.

Ces mesures exceptionnelles et transitoires marquent un progrès de l’idée d’hérédité des charges et des biens qui est préjudiciable à l’autorité royale. Charles le Chauve meurt le 6/10/877 : l’unité de la Franci Occidentalis va lentement se désagréger.

* La naissance des principautés et l’élimination progressive de la dynastie carolingienne. La subordination de l’aristocratie et du clergé va être favorisée entre 877 et 888, car 4 rois vont se succéder et aucun ne pourra enrayer le mécanisme d’émancipation de l’aristocratie. Dès la fin du 9ème, les premières principautés apparaissent = un état dans lequel le prince exerce l’autorité publique précédemment dévolue au roi. Cette autorité peut s’exercer légalement ou être usurpée, mais elle est toujours à titre héréditaire = la règle de la primogéniture masculine. D’importantes dynasties se constituent, car les princes battent monnaies, font la guerre et la paix, prennent le contrôle des évêchés et abbayes = exercent les attributs de la souveraineté royale sur le territoire qu’ils contrôlent. Le seul lien qui les rattachent au roi est un lien de vassalité. Au 9ème, les principautés sont périphériques (Flandres, Aquitaine, Bourgogne, Provence), certaines étant même favorisées par le roi (normands reçoivent en 911 par le traité de St Clair sur Epte le comté de Rouen), puis le mouvement gagne le cœur du royaume : une principauté émerge entre la Seine et la Loire = le duché de France dirigé par Robert le Fort (il a reçu le commandement du comté de Tours pour lutter contre les normands). Son fils aîné Eudes obtient en 882 le comté de Paris qu’il défend avec succès contre les Normands : le roi lui offre une série de comtés en remerciement = Eudes devient duc des Francs. En 888, les grands du royaume profitent de l’âge du roi (8 ans) pour l’écarter du trône, qu’ils confient à Eudes. Pendant un siècle, la couronne va alterner entre carolingiens et robertiens : le roi ne peut plus résister aux grands du royaume. En 987, Hugues Capet devient roi : les carolingiens sont définitivement écartés du trône. La dynastie capétienne s’installe, mais au début son pouvoir ne s’étend que sur quelques possessions entre Seine et Loire.

· Des principautés aux seigneuries.

* Des princes aux comtes : les principautés n’ont pas constitué une rupture fondamentale pour les habitants : les princes exerçaient les mêmes prérogatives de puissance publique que le roi avant eux, mais sur une circonscription limitée. Le mécanisme qui a favorisé l’émergence de ses principautés a continué à jouer, mais contre elles. Le prince n’arrive pas à exercer son influence sur tout le territoire : bien qu’il concentre le pouvoir de ban (= de commandement), il est obligé de le déléguer, et ceux qui le reçoivent en viennent à agir de façon indépendante. Sur la zone interne, le prince exerce directement son autorité ; sur la zone externe, l’autorité du prince repose sur la fidélité du comte. A partir de 960-980, les comtes ou vicomtes s’émancipent de la tutelle princière dès qu’ils la sentent fragilisée.

* Des comtes aux sirs : dans la seconde moitié du 10ème, des places fortes apparaissent. Ce sont des instruments d’affirmation et de conquête du pouvoir, qui expriment une réalité féodale = le recours à la force et à la violence est devenu le moyen naturel de régler les conflits. Ces places sont le siège permanent d’une garnison, dirigée par un châtelain supposé exercer par délégation du comte un pouvoir de commandement militaire. Le châtelain s’émancipe de l’autorité du comte à la première occasion : il considère le château comme un bien transmissible, confisque le droit de rendre la justice et entreprend d’exercer à titre privé le pouvoir de ban.

Beaucoup de laïcs ont constitué des seigneuries, mais l’église y a aussi participé :    – les seigneuries épiscopales (nord du royaume au 10ème et 11ème) = le bras de fer entre les carolingiens et les robertiens a souvent conduit à l’atrophie des pouvoirs du comte : l’évêque resté seul administrateur s’approprie les pouvoirs du comte, accapare le pouvoir de ban et constitue une seigneurie (Reims, Beauvais, Sens).

– les seigneuries monastiques = certaines abbayes qui bénéficiaient du statut d’immuniste (pouvoir de justice et de police) ont fait édifier des fortifications au 9ème, puis ont décidé d’exercer le pouvoir de ban (parfois obtenu au terme d’une concession).

Jamais l’autorité n’a été aussi proche ni concentrée.

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Le processus de féodalisation
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