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La croissance démographique a été forte : fin 10ème, 5 millions de français ; fin 12ème, 9.2 millions et au 14ème, 14 à 15 millions. Cette population est très jeune, en raison du boom démographique et de la faible espérance de vie : la moitié de la population a moins de 20 ans (travail dès 7-8 ans, et majorité fixée à 13-14 ans).

Modification de l’organisation agricole avec les changements de comportement en matière de production et de consommation.

L’expansion agricole.

· Les progrès techniques.

L’homme du Moyen Age a hérité de l’Antiquité un certain nombre de techniques et d’outils qui le laisse moins désarmé pour affronter la nature. Son principal atout est de savoir utiliser ensemble le feu et le fer, car ainsi il sait produire de l’acier.

Dès le 11ème, la production de métal commence à être consacrée aux instruments qui permettent le travail du bois, de la pierre et de la terre : il utilise l’énergie hydraulique et éolienne (les moulins à eau et vent remplacent les meules de pierre).

Il utilise mieux l’énergie animale = création de la brouette, de la roue ; on découvre que le cheval est plus productif quand il tire par les épaules alors que pour le bœuf, c’est par le cou. Pour déforester et travailler la terre, invention de la cognée, de la scie, de la hache, de la charrue,…

· La vague des défrichements.

Elle débute au 11ème et s’amplifie aux 12 et 13ème. Au début, elle consiste en l’extension des terroirs préexistants en gagnant sur la foret et la lande à proximité. Puis, on s’attaque à des zones restées jusque là vierges : des colons s’y installent avec leurs familles (la défriche permet l’installation de villages). Enfin, les familles isolées se livrent aux défrichements car avec les évolutions techniques, on n’a plus besoin de s’appuyer sur les ressources collectives du village ou du groupe = individualisme agraire.

Coup d’arrêt à la fin du 13ème, car on ne sait pas accroître les rendements du sol, le recul considérable de la foret met en péril l’équilibre des terroirs (destruction irréversible des sols), et la foret produit des biens indispensables à la vie des hommes du Moyen Age = gibier, bois de chauffe, miel (sucre),…

Avec cette vague de défrichements, on sort du cloisonnement, de l’enfermement dans le cadre de la seigneurie : le monde rural est profondément modifié à la fin des défrichements.

· Les transformations du monde rural.

Les familles paysannes ont pu être à l’origine de ces mouvements de défrichements, mais dans la plupart des cas, elles y sont incitées par les princes, les seigneurs laïcs, l’église,… car les terres appartiennent à ces puissants. Pour les seigneurs, le défrichement a des avantages économiques et politiques car il permet de fonder de nouveaux villages = consolider ou étendre une influence politique. Afin d’attirer des populations dans leurs villages, ils concèdent des avantages et libertés dans des chartes de franchises. Il s’agit d’une lettre royale qui contient des ordres ou décisions du roi qu’il veut permanente. Les franchises sont des privilèges accordés par un seigneur afin de réglementer, limiter voire supprimer les droits qu’il exerçait auparavant de façon arbitraire au titre de son pouvoir de ban. Les libertés concédées dans ce type de charte ont pour but de protéger les habitants des communautés rurales contre les abus des agents seigneuriaux, et de développer le commerce et l’agriculture (pas de corvées, diminution du cens, exemption de la taille,…). Il s’agit d’alléger le régime féodal mais pas de conquérir de l’autonomie car tout se passe à l’initiative du seigneur. La communauté renégocie ses relations avec le seigneur mais n’obtient pas la possibilité de s’administrer librement.

La renaissance urbaine et l’émancipation des villes.

En occident, la civilisation antique a été surtout urbaine : la cité était le lieu d’expression du pouvoir politique. Jusqu’au 3ème, ces cités étaient ouvertes, puis avec la crise de l’empire romain, elles se sont renfermées sur elles-mêmes. Elles vont garder cet aspect défensif pendant des siècles. A partir du 5ème, les villes sont en décrépitude, et ne sont maintenues que par l’église = les évêques se sont installés dans les vieilles cités. Les cités sont donc des centres d’attraction religieux, puis au 12ème, les centres urbains sortent de leurs somnolences et deviennent synonymes de vitalité économique et commerciale.

· Essor commercial et multiplication des bourgs.

L’explosion démocratique entraîne une demande croissante et un besoin de consommation : elle va être à l’origine de progrès techniques en matière artisanale = début de la production en série en matière textile. Apparition de deux nouvelles catégories sociales : les marchands et les artisans. Cette demande de consommation a aussi été à l’origine directe de la renaissance urbaine, car la ville est le lieu où se rencontre l’offre et la demande. Les vieilles agglomérations sont les premières à se relever, mais de nouveaux centres apparaissent également autour de monastères, de châteaux. Il s’agit de constructions nouvelles à la périphérie des anciens centres = dans les bourgs. Les nouveaux venus se distinguent par le fait que leur activité principale n’est pas le travail de la terre, mais la production, la consommation, le transport. Les villes se distinguent alors des villages par leur mode et type d’activité, et par l’idéal urbain (= valeurs communes défendues par les citadins : recherche de la paix et de la liberté, volonté de se démarquer de l’autorité du seigneur).

Le mouvement de contestation est spectaculaire de 1110 à 1120 et dure jusqu’au 13ème : il est très efficace en 1230 car l’immense majorité des communautés urbaines a obtenu des chartes garantissant les libertés et accordant une autonomie dans l’administration.

· Les mécanismes de l’émancipation urbaine.

* Les réseaux de solidarité : constitution rapide car les nouveaux citadins, déracinés, en créent.

– les confréries sont les plus courantes : ce sont des associations à coloration religieuse et à vocation charitable. Elles sont placées sous la protection d’un saint dont le culte est célébré par les membres de la confrérie. C’est un lieu de piété, de dévotion, de fraternité régie par le principe d’assistance mutuelle entre les membres = aide dans le travail, secours en cas de maladie,…

Mode d’organisation simple : le comité directeur dirige la confrérie, alors que l’assemblée générale regroupe tous les membres. Entrée par cooptation avec cotisations.

– les associations de marchands : union pour défendre les intérêts matériels des marchands = s’unir pour faire face aux difficultés et dangers que représente l’exercice d’une activité commerciale. Leur but est de partager les risques, se porter assistance, organiser des déplacements de concert,… Distinction entre les hanses et les guildes (ghildes) : les hanses sont des regroupements de guildes urbaines qui unissent des villes proches ou qui sont intéressées par un même type d’activité.

L’église reproche beaucoup aux marchands de vouloir faire des bénéfices et de pratiquer l’usure : le commerce est une activité honteuse.

– les associations de paix : regroupement de catégories beaucoup plus hétéroclites. Elles sont crées à l’instigation de l’église et surtout des évêques. Leur objectif est de mener en commun une œuvre d’utilité générale qui nécessite qu’on regroupe les forces (construire des halles, un pont, une route,…) = assurer la paix et le maintien de l’ordre à l’intérieur de la ville.

Ces 3 sortes d’association ont en commun qu’elles renforcent la cohésion du milieu urbain = les citadins prennent conscience de leurs intérêts communs, de leurs spécificités et de leur puissance potentielle. Elles vont souvent être à l’origine des revendications urbaines.

* L’expression des revendications urbaines et les réactions seigneuriales : le cas le plus extrême est celui dans lequel les habitants d’une ville prennent l’initiative de la revendication et réclament une autonomie municipale complète. Ils proclament la commune (dans le sud = le consulat), on s’organise par une conjuration (= un serment prêté par les habitants les plus actifs = les bourgeois de tout faire pour avoir une situation meilleure) qui crée des liens très forts de fraternité et solidarité. Les membres de la conjuration décident alors de créer une personne morale capable de s’engager juridiquement. Le but est d’obtenir du seigneur la reconnaissance de cette personnalité morale. Le schéma est similaire pour les consulats mais on trouve souvent à son origine des associations de paix, et le mouvement est souvent dirigé par des chevaliers. Ils prétendent aussi à l’autonomie et à la liberté dans la gestion.

Certains seigneurs (le plus souvent des seigneurs ecclésiastiques) ont des réactions très négatives face à ces mouvements et les répriment violemment, car ils les considèrent comme des atteintes à leurs pouvoirs (ex : à Laon). Mais les révoltes et épisodes sanglants sont une exception et dans la plupart des cas, le corps de ville est assez puissant pour imposer ses volontés par le seul fait de son existence. Ensuite, il utilise au mieux les circonstances politiques (problèmes de succession dans la famille du seigneur, maladie du seigneur,…)

Le plus souvent, le seigneur lui même prend l’initiative car il est convaincu qu’il peut tirer un parti financier de cette opération = ils font payer aux communautés l’octroi de privilèges et concessions. A long terme, la libéralisation pourra attirer de nouveaux habitants et relancer la production économique. Souvent, c’est à la faveur d’un compromis que le seigneur accorde à la collectivité urbaine une charte, dont le contenu est variable.

· Les formes de l’émancipation urbaine.

Traditionnellement, les chartes urbaines sont construites autour de deux axes = l’octroi d’un certain nombre de privilèges (= les franchises) et la mise sur pied d’un système d’organisation municipale. Beaucoup de possibilités sont offertes, de la reconnaissance d’une parfaite autonomie urbaine (villes de commune et consulats) à une association des habitants à la gestion municipale (villes de franchises et de prévôtés). Dans tous les cas, la charte concédée par le seigneur sert à la ville comme une véritable constitution.

* Les villes de franchises et de prévôtés : le seigneur conserve le pouvoir de ban et le fait exercer par un agent délégué = le prévôt, qui incarne l’autorité seigneuriale. Il a juré de respecter la charte que le seigneur a concédé. La population bénéficie de représentants (syndics et prud’hommes) qui défendent les intérêts de la collectivité = travaillent en collaboration avec le prévôt. Il y a seulement une coopération et non pas un transfert du pouvoir de ban à la ville comme dans les communes ou consulats.

Beaucoup de franchises mais 4 domaines principaux : en matière civile (abolition des contraintes relatives au servage : plus de mainmorte ni de formariage), en matière militaire (allégement des charges militaires : exonération complète ou limitation du service militaire), en matière fiscale (suppression pure et simple ou baisse considérable des taxes directes et indirectes) et en matière judiciaire (obtention de garanties pour limiter l’arbitraire du seigneur : tarification des peines et délits, pas d’arrestation préventive si le prévenu fournit une caution, répartition plus claire de ce qui relève des juridictions urbaines et de celles du seigneur). Ce type de franchise est identique à celles des communautés rurales.

* Communes et consulats : les formes extrêmes de l’émancipation. La reconnaissance d’une commune ou d’un consulat débouche sur la reconnaissance d’une nouvelle entité juridique = une communauté ou une université. Le concept d’unversitas, issu du droit romain, désignait un ensemble par opposition à ses éléments constitutifs. Cette personne morale peut s’engager juridiquement (serment, hommage, concession de fief, exercice du pouvoir de ban sur la ville et la banlieue). C’est une seigneurie collective, dirigée par des chefs élus, et administrée par des statuts destinés à garantir la paix et la liberté et à obtenir des avantages juridiques, militaires, économiques,…

* Les diverses modalités d’organisation municipale. Cette diversité tient à la différence de degré d’autonomie obtenue. Les administrateurs urbains comprennent deux catégories de personnes :                                                                                                         – les bourgeois = les personnes à l’origine directe de la commune ou du consulat, puis aussi les descendants des premiers jurés. Acquisition possible en prêtant serment. Nombreux privilèges surtout juridiques.

– les assemblées générales = elles englobent tout ou partie de la population en fonction des cas. Leur rôle est variable mais le plus souvent il consiste dans la participation à la désignation de ceux qui vont diriger ou représenter la communauté. Ses fonctions sont généralement collégiales = ils sont assistés de conseillers. Dans les villes de communes, les fonctions municipales sont assurées par les échevins (d’anciens auxiliaires du comte qui l’aidaient à rendre la justice et qui se sont transformés en magistrats municipaux).

Les pouvoirs peuvent être très étendus en fonction du degré d’autonomie = ils sont fixés par la charte mais dans la pratique, ils évoluent et constituent une coutume. Fonction de police économique (régulation des marchés, vérification des poids et mesures), maintien de l’ordre et défense de la ville, levée des taxes,… Fonction judiciaire = les échevins, consuls et conseillers constituent de véritables juridictions urbaines : être jugé devant ces juridictions constitue un privilège de bourgeois. Ces juridictions sont compétentes pour toutes les causes qui ne relèvent pas de la juridiction ecclésiastique. Le seigneur conserve des compétences importantes = les cas de haute justice (vol, meurtre, rapt-viol, incendie).

· Le bilan du mouvement de renaissance urbaine.

Ce mouvement a beaucoup modifié la société féodale = apparition de nouveaux statuts personnels, de nouveaux pouvoirs avec lesquels le roi et le seigneur doivent compter, de nouvelles techniques administratives de gestion,…

Les chartes ont permis la rédaction de règles de fonctionnement des collectivités. La rédaction est acquise, et le mot coutume connaît une évolution de sa signification : jusqu’au 12ème, il signifiait le prélèvement de toutes natures imposé par le seigneur aux habitants de la seigneurie. Du 13ème à la révolution, il signifie l’exemption des droits du seigneur et est synonyme de privilèges.

La mise par écrit a deux mérites = une meilleure garantie des libertés et la normalisation des relations entre le seigneur et les communautés urbaines ou rurales. Pour la royauté, l’intérêt de la renaissance urbaine qu’elle a vivement encouragé en dehors du domaine royal, mais freiné dans son propre domaine, est qu’elle réduit la puissance des seigneurs qui lui ont fait de l’ombre. L’autorité royale interviendra dans les conflits entre populations urbaines pauvres et oligarchie municipale en se posant en arbitre. Cela permet au roi de réaliser une entreprise d’unification et d’uniformisation des statuts des villes. La royauté s’est efforcée de contrôler la gestion des villes, de réduire leur autonomie et surtout de les utiliser comme des relais pour diffuser sa politique. Le titre de bonne ville est attribué à des villes puissantes économiquement et dotées de moyens défensifs importants par le roi : les villes lui doivent obéissance, loyauté et des subsides prélevés sous forme de terre ; en contrepartie, elle est associée au ministère royal = le roi va la consulter régulièrement sur la gestion du domaine royal, sur les grandes questions diplomatiques et militaires. Le roi s’appuie en fait sur le tiers état pour réduire la puissance de la noblesse. C’est en raison de cette association que ce statut a été très recherché.

La ville est une des alliées les plus fidèles du roi dans son entreprise de reconstruction de son autorité tout au long des 12, 13 et 14ème siècles.

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Les mutations économiques et sociales (12ème et 13ème siècles)
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